20 janvier 2010
GA
C'est un de mes premiers portraits. J'ai vu cette femme au théâtre, lors d'une pièce underground à New York, dans ces salles où il y a juste un ou
deux spectateurs de plus que les acteurs. Enfin, bref, elle m'a intriguée.
J'ai toujours ressenti une attirance particulière pour les rousses, à cause de ma
mère sans doute, qui est rousse elle
aussi. Et là, j'étais face à l'incarnation de LA rousse : cheveux
roux-orange, yeux verts, taches de rousseur. Mais tout cela s'alliait à une sensualité, une présence charnelle troublante,
vraiment ! Si cette femme avait vécu quelques siècles plutôt, elle aurait fini
sans erreur possible sur un bûcher pour sorcellerie !
J'ai essayé de représenter ce trouble sur la toile. Le
sujet, dans une première version, est doublement peint : elle est appuyée
sur un miroir. Deux portraits : à gauche, les yeux fermés, la bouche ouverte
légèrement; à droite le regard droit, fixé dans celui du
spectateur, la bouche dure un trait. J'ai effacé le reflet et
modifié la bouche de l’original :
le sujet vous regarde et vous refuse ce que la bouche vous promet.
J'ai bien peur d'avoir cédé à un des canons de la représentation féminine de l'allumeuse, mais ce portrait me plaît, surtout maintenant, sachant le rôle qu'elle joue dans cette série-culte.
JM
Cette femme est si belle que mon travail a été presque trop facile. Je l'ai
peinte comme elle m'est apparue : sortant des ténèbres, auréolée de lumière qui se
reflétait sur ses cheveux. Une reine, une fée.
C'est la seule fois où j'ai fait un portrait
sans demander l'avis du sujet, elle me semblait tellement inaccessible.
Je lui ai faxé une reproduction. Puis je l'ai
véritablement rencontrée, non pas entr'aperçue
comme la première fois, à la sortie d'un
cinéma. J'étais si intimidée ! je me suis
mordue la lèvre jusqu'au sang. Elle a été beaucoup
mieux que moi. Elle m'a traité comme une artiste, à
égalité avec elle. C'était grisant !
21 décembre 2009
MP
En faisant ce portrait, j ' ai réalisé un de
mes plus grands rêves. Le sujet, dés ses
premiers films, m'a toujours fasciné,
son visage surtout. Je l'ai connue sur le tournage d'un film pour lequel j'ai bricolé quelques trucs.
Je n'avais strictement rien à faire sur le plateau, je n'ai fait que dessiner
les décors, mais quand j'ai su le nom de l'actrice principale, j'ai prétexté
une retouche nécessaire et je suis restée
à traîner plusieurs jours. En fait, j'ai passé mon temps à dessiner cette femme jusqu'à ce qu'elle
s'en aperçoive et qu'elle me demande de la
peindre.
Mon intérêt, ma fascination pour son visage étaient tels qu'au départ, je voulais me
limiter à celui-ci. Il m'a donné beaucoup de mal, ses lèvres, la supérieure surtout. J'ai laissé tomber cette idée, ce
n'était pas très juste vis-à-vis
du reste de son corps qui se défend bien. J'ai préféré une position
accroupie, décontractée, où l'on sent
qu'elle est prête à se lever mais aussi parce que cette position est la meilleure
pour parler à un enfant. Quand à
son sourire, qui me procure toujours
une certain satisfaction quand je le regarde, je l'avoue, il se veut autant séducteur
que rassurant. J'ai voulu peindre une femme (très) belle qui est aussi une (bonne) mère comme je l'ai découvert. Je crois que j'ai réussi.
JF
J'ai fait ce portrait en
toute amitié, par défi, par plaisir
et, tout de même, à la demande du sujet. Elle m'a dit, je devais avoir l'air dubitatif :
- Je vous demande peut-être quelque chose de difficile?
- Pourquoi dites-vous ça?
- Parce que je ne suis pas belle en
comparaison des autres femmes
que vous avez peintes.
- Je ne suis pas chargée de répertorier
toutes les beautés du monde. Et puis je
préfère votre plastique à d'autres, plus parfaites mais moins intéressantes.
Vous êtes vivante, vous n'êtes pas seulement une incarnation, une représentation."
Les clichés habituels pour rassurer sans
paraître lèche-cul. Elle s'en rendait compte et
moi aussi.
Son petit nez m'a procuré
énormément de plaisir, la position de son corps, beaucoup de problèmes: si je l'avais peinte au travail, à son bureau,
j'aurais illustré le poncif "pas
belle-mais intelligente". Debout, c'était souligner sa petite taille. Je ne la voyais pas du
tout accroupie ou à genoux. Finalement, en plan américain, cela représente le meilleur compromis.
Je suis particulièrement
fière de son sourire ébauché comme un
enfant guettant un cadeau. Le regard tendu
vers le haut, les yeux brillent, la bouche n'ose exprimer sa joie. Tout le
visage est en attente. On ne voit pas les mains,
ou presque, elles s'ouvrent à peine pour recueillir le cadeau. Les montrer
,c'eut été impoli.
Je ne l'ai pas rendue belle mais je sais qu'elle aime ce portrait. Je me plais à penser qu'il lui a inspiré son jeu dans le film où elle interprète une enfant attardée.
EH
Alors-là non seulement j'ai cédé à son charme,mais lui aussi. C'est la première fois que je suis sortie du cadre d'un mètre sur deux utilisé pour les autres tableaux. J'avais besoin d'espace, je tenais à le peindre les bras écartés, comme un christ, les paumes tournées vers 1'intérieur, une pose entièrement étudiée,sans rien de naturel.
Il est si beau !
TC
J'aime beaucoup ce portrait, autant le
sujet que le tableau
lui-même. Il m'a valu quelques problèmes externes à
la création, disons du point de vue privé, du côté de sa femme, en fait. C'est le sujet qui m'a commandé le tableau pour
l'offrir à ses parents. Je me suis donc installée chez lui. Sa
femme n'a pas vraiment supporté que je passe mon temps à le mater. D'autant
plus que, au départ, je l'avais peint torse nu, les bras derrière la tête, avec
son sourire légendaire et ses yeux craquants. J'avoue avoir été sensible à son
charme. J'ai finalement dû l'habiller.
Dommage !
Au niveau technique, il n'y a pas grand chose à dire.
La facture est simple, le charme du sujet suffit largement. Il parait que toutes les filles se pâment devant et que sa femme a menacé plusieurs fois de détruire le tableau.
SS
Voici
le portrait le plus difficile que j'ai peint.J'ai longtemps séché
: ça faisait une semaine que j'essayais de trouver une
position, que je squattais chez le sujet sans
avoir eu un seul flash. D'habitude,trois-quatre jours me suffisent.
Là, rien. Je n'y arrivais pas. Elle en avait autant marre
que moi.
Et
puis... J'étais assise à une petite table dans un coin
près du téléphone. J'ai eu un geste brusque
d'agacement et j'ai renversé une pile de papier .J'ai
voulu me baisser pour ramasser, mais elle a été plus
rapide que moi. Je me
suis excusée. Elle a levé les yeux, ça n'a pas
duré, mais le regard qu'elle m'a jeté était
furieux, méchant même .Et là, paf, ça
y est ! J'avais trouvé. Une prise en contre-plongée
avec vue directe sur ses seins jusqu'au nombril et surtout ce regard
d'agacement, de mépris, de colère, ses mains
ramassant les feuille s,ses jambes à demi-pliées.
Cette femme, même en position inférieure, me signifiait
quelle petite merde j'étais, alors que je la dominais du haut
de ma chaise. Tout à fait elle.
Je
ne sais pas si cela lui a plu. J'ai énormément
travaillé sur les couleurs, d'habitude, je me contente de
tons neutres. Là, j'ai mis des nuances : la chair devait être
attirante et le regard froid comme la haine. Le fond : du même
ton que les yeux, la chemise : blanche, très décolletée.
Parce que si j'avais été un homme, c'est ce genre de
femmes que j'aurais aimées.
KB
Voilà
chronologiquement, mon premier portrait.Celui
qui a déterminé toute ma démarche, ma méthode :
observation dans l'intimité du sujet pour trouver le geste,
1'attitude naturels, suivie d'une retraite pour peindre. La méthode
m'a plu et je l'ai gardée.
Au départ, le tableau m'a été commandé par
le mari qui voulait l'offrir à sa femme pour son anniversaire.
Seulement, comme il désirait que cela soit une véritable
surprise, les séances de pose étaient impensables. A la
limite, ne pas la voir ne me dérangeait pas : j'avais vu assez
de films avec cette femme pour connaître plus ou moins
parfaitement sa physionomie et cela avait l'avantage de ne pas
laisser quelqu'un pénétrer dans mon atelier. Mais
d'après son mari, cette connaissance était tout à
fait insuffisante, d'autant plus que, pour les scènes
osées, une doublure avait été utilisée.
Donc,
afin de représenter un portrait des plus fidèles, il me
fallait la voir en "vrai". Si bien que j'ai commencé
ma carrière de "peintre de stars" en étant
engagée comme dame de compagnie chez cette actrice. Cela
s'est révélé plein d'enseignements pour moi et
mes clients. Ce portrait reflète bien l'état d'esprit
dans lequel j'étais : la gloire,1'intimité d'une
vedette et surtout, la découverte d'une femme douce, un peu
trop fragile mais de toutes façons impossible à
détester. Je ne crois pas que nous soyons devenues des amies
intimes mais j'apprécie sa compagnie et je me permets de
penser que c'est réciproque.
La
position n'est pas très originale : l'épaule appuyée
contre un mur, les bras croisés, la moue boudeuse et
provocante. Mais à bien y regarder, on remarque la main
crispée sur 1'avant-bras, le coin de la lèvre qui
tremble. Le regard n'est plus allumeur mais devient craintif.
Grâce
à ce portrait et à la publicité que mes premiers
clients en ont fait, j’ai reçu d’autres commandes et je me
suis fait connaître.
BW
Ce
portrait a un intérêt technique, sans plus. En fait, j'ai voulu
démontrer que cet acteur, qui n'a tourné presque que des films violents, n'était pas
violent. C'est pourquoi je considère ce tableau comme un hors-sujet. Non pas
parce que la personne en question n'est pas violente, à la limite ça n'a aucune
importance, sauf pour les amateurs de potins, mais parce que je me suis
contentée de cela et qu'en plus je ne suis pas arrivée à le
montrer.
La
position s'en ressent : le rictus moqueur et le bras plié qui fait ressortir les
muscles, alors que ça pue la frime. Sans parler du tatouage (qu'il n'a
pas d'ailleurs), qui ajoute une touche de virilité. En tout cas, il a
beaucoup aimé, peut-être moins maintenant
après ce que je viens d’écrire.
CD
Ce
portrait-là ne s'est pas fait selon les normes habituelles :
pas de séjour d’une semaine-trois jours, pas d'illumination
subite, ni d'intense travail pendant un mois. Je l'ai réalisé
en tout et pour tout en une semaine. Parce que je n'étais
pas dans mon atelier, que le sujet était trop distant,
voire pudique pour accepter une intrusion dans son cadre privé.
J'avais déjà une idée toute faite après avoir lu un article sur le
sujet, mais surtout après avoir vu un de ses films, dans
lequel le metteur en scène la filmait "intimement".Cette
femme dont la légende dit qu'elle est insensible, pour ne
pas dire froide, apparaissait par moments (qui semblaient
filmés à son insu), cette femme à la carapace
réputée inviolable apparaissait fragile, avec des tics,
des grimaces du visage, impardonnables à sa beauté, surtout de
la part d'une virtuose dans le maniement et le port du masque.Ce
n'était plus une partie du patrimoine sortie pour satisfaire
le peuple, mais simplement, enfin, une femme comme les autres, qui
souffre, jalouse ...C'était bien le seul attrait du film,
d'ailleurs.
J’avoue
donc avoir été influencée alors que d'habitude
j'essaie de peindre en me concentrant sur le sujet, sur son aspect
extérieur, son paraître. Ici, à première
vue, on peut penser que je suis restée dans ces limites, parce
que ces influences se situent au niveau de mon inconscient. Mais ce
tableau m'a hantée, gênée, si bien qu'une fois
rentrée chez moi, j'en ai fait une réplique. C'est ma
soeur jumelle qui a trouvé l'origine du "malaise".
Elle
est arrivée dans l'atelier, a regardé le tableau, et
tout de suite a vu le "défaut" :
"-Pourquoi
as-tu mis la boucle d'oreille au centre?"
En
effet, le mouvement du sujet, qui arrange une mèche de cheveux
derrière son oreille, place le bijou au centre en positionnant
la tête de trois-quart face, le regard légèrement
baissé. On a l'impression, celle qui m'a gênée,
que le sujet n'est pas la personne peinte, alors qu'elle est connue
et reconnaissable ici, mais le produit, comme dans une pub. Une
manière à moi démontrer que le sujet est en
perpétuelle représentation, même dans le cas d'un
moment intime puisque ce tableau est destiné à son mari
et ses proches et qu'elle ne peut jamais être simplement ni
totalement elle-même.
