18 avril 2011
Expo Vic
Interview TV française expo Vic
Voix off : « On peut voir actuellement à l’espace « Peinture contemporaine », une exposition consacrée exclusivement à l’artiste-peintre Vic. Cette exposition est entièrement constituée de portraits d’actrices et d’acteurs. »
Plan sur les panonceaux accompagnant les tableaux.
Voix off : « Ces notices se retrouvent dans le catalogue vendu sur place. Elles ont toutes été rédigées par l’artiste que nous avons pu interviewer. »
Plan américain sur Vic.
Vic : « Cette expo va faire le tour du monde, vous verrez ! Si, si, je vous assure (sourire). En tout cas, elle attire plus de monde que mes précédentes expos. »
Coupe
Vic : « Au départ, ma démarche était alimentaire et un peu voyeuriste aussi. (sourire) Non seulement je gagnais ma vie mais en plus j’approchai des stars dans leur intimité. »
Coupe
Vic : « J’ai arrêté de peindre des portraits, j’ai instauré un moratoire. Je peux me le permettre financièrement et puis, j’en ai marre. J’explore d’autres domaines moins exploitables médiatiquement (sourire), plus abstraits, plus colorés. »
Coupe
Vic : « Non, aucun de mes tableaux n’est à vendre. En fait ils le sont déjà ! Les propriétaires me les ont prêtés pour l’expo, l’idée vient d’eux, de toutes façons. Ils voulaient voir l’ensemble de la collection. Et mes futurs clients aussi, pour savoir de quoi je suis capable ! Ca va, ils sont plutôt contents… (sourire) »
Coupe
Vic : « L’expo arrive de L.A., en passant par New York. Comme vous pouvez le constater vous-même, les sujets viennent autant des USA que de Paris. C’est normal que ça arrive ici. »
09 août 2010
SS TV
Cérémonie de remise de
prix.
Décor blanc, sobre, immense,
grand écran au fond.
Travelling sur le public, Plan
d'ensemble.
Aplaudissements. Silhouette en noir
s'avance vers pupitre. Silence.
Zoom sur la personne, gros plan sur SS,
robe noire, manches longues, pas de bijoux.
Pendant la lecture, elle ne regardera
pas la caméra mais le public. Quand elle déplie la
lettre, ses mains tremblent. Les larmes coulent sur ses joues, elle
les essuie une fois mais aprés son discours, elle les laisse
couler.
« - Bonsoir, Vic n'a pas pu
venir. Quand le médecin lui a confirmé qu'elle ne
serait pas remise pour ce soir, elle m'a confié cette lettre
au cas où... Comme vous avez choisi de la récompenser,
je vous la lis.»
(déplie la lettre).
Lit : « Comme c'est
l'habitude dans ces occasions, je dois remercier beaucoup de monde,
tous ceux dont la liste serait trop longue et serait de toutes façons
coupée. Ces personnes savent que je les aime (SS pleure),
alors je leur redis : je vous aime. Et je les remercie de se
contenter du peu que je leur donne. Je n'ai rien à dire
d'historiquement intéressant, ni d'émotionellement
mémorable. Je n'ai pas changé, je pense toujours que
les récompenses sont faites pour les soldats ou les pompiers.
Je suis une artiste et ce que je fais ne mérite pas de
récompense, je ne sais rien faire d'autre. Je vous remercie de
penser le contraire et je vous remercie de m'avoir écouté,
enfin d'avoir écouté SS vous lire mon bavardage. »
Dernier plan : SS, tête haute,
lettre serrée contre elle - arrière-plan : ni public,
ni décor.
Interview TV Ethan
« - Vous venez juste de
terminer le tournage de votre dernier film.
- C'est vrai, ça fait une
semaine environ. J'ai l'impression que ça fait un siècle,
tellement de choses sont arivées depuis !
- Vous pouvez nous en parler ?
- Bien sûr, c'est l'adaptation
d'Oliver Twist, de Charles Dickens. J'espère qu'avec ce film
je vais casser l'image « jeune premier avec une belle
gueule ». C'est un film en costumes, on ne peut pas dire
que je suis moderne ! Ca ne me dérange pas que la jeunesse
reconnaisse quelque chose en moi, mais je veux prouver que je peux
faire autre chose que des films d'ados.
- Vous avez fait beaucoup de promo
jusqu'à aujourd'hui ?
- A vrai dire, pas du tout. J'ai
accompagné ma petite amie dans ses soirées de promo !
- Ca faisait longtemps que vous
n'aviez pas fait de films. Vous aviez décidé de faire
un break ?
- Pas volontairement, j'ai fait du
théâtre. Mais surtout, je suis tombé amoureux,
ça m'a bien occupé !!
- Pourquoi ? Vous avez du vous
battre pour la séduire ?
- Non, non, encore que... On s'est
rencontrés pendant un enterrement. Ce n'est pas vraiment
l'idéal pour faire sa cour.
- C'est votre chagrin qui vous a
rapproché ?
- C'est compliqué, donc
forcément, ça m'a pris du temps.
- Votre petite amie, c'est Vic, la
jeune femme qui joue dans le dernier film de SS ?
- Ce n'est pas un secret. Oui, c'est
elle. D'ailleurs hier, nous étions ensembles à la
première de son film.
- Vous ne vous sentez pas mis à
l'écart par rapport au couple Vic-SS ?
- Non, parce que ce n'est pas un
couple, d'abord. Si vous regardez les photos, vous verrez que Vic
est entre SS et moi. Vic gère très bien cette
relation. Elle ne m'exclut pas et SS non plus. Et ce n'est pas un
ménage à trois non plus !! Je me souviens de la
première fois que j'ai rencontré SS, c'est Vic qui
nous avait réunis. Les choses sont claires entre nous. Mais
en fait, je vois très peu SS.
Critique d’art presse papier sur la peinture et Vic
Nous
avions pris rendez-vous par téléphone dans un café,
Vic trouve ces endroits typiques de Paris. Elle s’excuse en
riant que réduire Paris à ses cafés est injuste
et caricaturale. Mais un jour, on lui a demandé ce qu’elle
préférait à Paris, elle a répondu « ses
cafés », alors elle s’en tient là.
C’est plus simple.
Cette
petite conversation téléphonique m’avait rappelé
la Vic que je connaissais : polie, se moquant d’elle et de
son image mais trop intelligente pour se persuader que vous êtes
là par politesse. Si je n’avais pas été
une vieille dame qui a perdu sa capacité à s’étonner,
je me serai laissée contaminée par sa fraîcheur.
Mais je fréquente depuis trop longtemps le cynisme. Ce
jour-là, j’aurai pu l’oublier grâce à
Vic.
Elle est
arrivée et nous sommes entrées dans le vif du sujet.
Quand on
lui demande pour quoi elle peint, Vic s’anime, parle et puis se
tait : tout ce qu’elle a à dire se bouscule pour
sortir en même temps. Dans ces moments-là, elle
ressemble plus que jamais au portrait de JF, le 7e :
l’enfant émerveillé, ce sont ses mots.
Mais ce
n’est pas son préféré. En fait elle
commence à en avoir assez qu’on lui parle des portraits,
elle a peint tellement d’autres tableaux. Pourtant elle
reconnaît que c’est la partie de son œuvre qui lui
est la plus proche. Il est évident que l’œuvre de
Vic ne peut se réduire à ses portraits. Tous ceux qui
ont vu sa première
exposition à New York intitulée
« Funerals (Childhood) », Enterrement
(enfance), en sont persuadé. Mais comme elle le reconnaît
elle-même, elle s’est fait connaître du grand
public par ces portraits. On peut bien lui dire que le cinéma
et la musique y ont contribué aussi, elle répond que
maintenant, certes, on la reconnaît dans la rue, et encore,
c’est rare !, mais grâce aux portraits, c’est
sa signature qui est reconnue !
Ca la
fait rire. Elle reste réaliste, le succès trop rapide
s’éteint vite.
Pourquoi
Vic peint ?
Elle
cherche la meilleure réponse, à sa manière.
« Avec la peinture, la sculpture aussi, il y a une
confrontation à
la matière : votre corps contre la toile ou la terre ou
le marbre. J’ai l’impression d’exister, d’avoir
une consistance, une présence physique dans ce combat contre
la résistance de la matière. Dans le cinéma ou
la musique, vous n’avez rien en face de vous. C’est
impalpable, virtuel. Pour la musique, il y a bien sûr le
contact avec l’instrument mais le résultat est
invisible, éphémère. Il faut à chaque
fois recommencer à jouer pour jouir de votre travail. Dans le
cinéma, vous ne voyez pas ce que vous faites au moment où
vous le faites, le metteur en scène vous aide mais c’est
plus tard en voyant le film que vous connaissez le fruit de votre
travail. Et vous n’avez pas forcément le résultat
que vous espèreriez ! Et ce résultat est
extérieur, externe, vous avez prêté votre corps
à
quelqu’un d’autre. L’actrice que l’on voit ne
laisse apparaître que le personnage, où est
l’artiste ? Je n’arrive pas à être
très claire parce
que je ressens plus que je ne comprends, je suis
désolée. »
On
s’habitue très vite à suivre la pensée de
Vic. Elle est peintre par son regard sur le monde : elle
observe, elle picore, elle transforme ce qu’elle voit et le
redonne par sa peinture. Elle n’agit pas sur le monde (« Il
n’y a que les prétentieux pour se croire artistes et
capables de changer le monde »). Elle, elle reste en
retrait. Quand elle agit, elle modèle à coups de burins
les objets et les choses parce qu’elle n’a pas le temps
de prendre des gants. Elle peint parce qu’elle prend son temps,
et son pied !, elle appartient alors au monde. Elle en
parle très bien elle-même : « Quand je
peints, tous mes sens sont en action. Je vois, je sens aussi l’odeur
de la peinture et même ma propre sueur ! C’est bien
mieux que de sniffer de la colle ! Je mets la musique à
fond, j’écoute donc. Et enfin le toucher : je
trempe mes doigts dans la peinture et parfois j’en ai jusqu’aux
coudes, j’adore patauger dans les pots de peinture ! Alors
je peints, comme après des ablutions, des rites religieux. Je
prends mon pied, je suis en plein trip. Il ne faudrait pas grand
chose pour que je tombe dans la drogue. J’ai peur qu’un
jour la peinture ne me suffise plus, que m’arrivera-t-il
alors ? Quand je peints, je ne pense pas. Je vois. Des couleurs,
des explosions, des morceaux de corps. Et j’essaie de
reproduire ces visions, de peindre quelque chose qui y ressemble le
plus possible. Alors je réfléchis aux moyens, à
la technique qui va m’aider. »
Mais tout ça c’est du bavardage, la théorie comme
le dit Vic, c’est le boulot des critiques. Je me mets donc au
travail.
Il est difficile de construire une véritable synthèse
de l’évolution artistique de Vic. En effet une grande
partie de son travail reste inconnue, Vic ayant décidé
de n’exposer que certaines de ses œuvres. Mais, si l’on
se réfère à ces expositions, on peut toutefois
dégager une trajectoire qui à défaut d’être
exhaustive, permettra de découvrir quelle « image »
Vic nous laisse voir d’elle-même.
Sa première exposition, Nursery Rymes and Nightmares
(Comptines et cauchemars), était construite autour de
comptines enfantines et chaque tableau avait pour titre une de ses
comptines ou parfois un proverbe : Trois petits cochons,
le diptyque : Si t’as faim, mange ta main et garde la
deuxième pour demain, Le roi des marionnettes, La
princesse folle, Le Chevalier borgne… Inutile de
préciser que la plupart de ces comptines n’existent pas,
sauf dans l’esprit de Vic, ce que suggère la deuxième
partie du titre de cette exposition : Nightmares, Cauchemars.
Ces personnages effrayants, d’autant plus venant d’une
enfant de 9 ans, âge que Vic avait quand elle a peint tous ces
tableaux, forment un peuple difforme et organisé autour du Roi
des marionnettes. Ce tableau, placé par Vic au centre de
la pièce, représente une cour de poupées de
chiffons usées, de peluches abîmées et de pantins
tombés à terre. A gauche siège le roi, un pantin
de bois à peine en meilleur état que ses sujets. Son
trône est un coffre en bois recouvert de graffitis comme ceux
que les enfants gribouillent à 4-5 ans. Il n’est le roi
que parce qu’il porte une couronne et les teintes majoritaires
du tableau, beige et Sienne, affirment que son royaume est sur la
pente décadente. Il n’y a aucune couleur éclatante,
la couronne d’or est sale. Le roi semble écouter les
doléances d’une marionnette détachée du
groupe, pliée en deux dans une sorte de révérence.
Tout est mort dans ce tableau : aucun dynamisme, ni mouvement,
la scène se lit de gauche à droite, tous les
personnages sont au même plan, le fond est flou, on ne
distingue aucun décor, aucun meuble à part le
coffre-trône. Le reste des oeuvres est dans la même
ligne. Il semble que Vic en ait fini avec son enfance triste qui,
sans être malheureuse, semble morbide.
La deuxième exposition, Funerals (childhood) - Funérails
(enfance), confirme cette impression. Si on retrouve les jouets
comme personnages des tableaux, ils ne sont plus les pièces
principales. Vic propose ici un panorama des lieux de son enfance et
par-là même de la nôtre aussi. On visite ainsi Le
Jardin, Le Garage à vélo, La Cour de
récréation, La Classe et d’autres
lieux plus personnels : Le bureau de mon père, Ma
chambre, La salle à manger de Grand’Mère.
Aucun titre significatif : ils ne font que décrire ce que
l’on voit. On distingue comme un fil conducteur entre les
œuvres : les poupées ou les peluches dans un coin
de chaque pièce, comme abandonnés par l’enfant
qui ne joue plus avec. Aucun être vivant, pas même un
animal de compagnie, ni oiseau, ni insecte. Les teintes des tableaux
sont plus variées mais restent ternes comme des journées
grises pour les scènes extérieures ou des après-midis
pluvieux pour les intérieurs.
Après cette exposition, qui a eu lieu un an après la
première, un intervalle de trois ans s’écoule
avant que Vic expose ses portraits. Elle refuse de parler ce qui l’a
poussé au silence. Mais le fait que désormais elle
expose des êtres humains uniquement tranche avec une telle
vigueur sur ses débuts qu’il est facile de comprendre
qu’elle a changé complètement. Pourtant, Vic,
comme elle me l’avoua lors d’une autre interview, n’a
pas cessé de peindre des tableaux plus tristes, mais nettement
plus abstraits. L’absence de fond pour chacun des portraits, où
seul le blanc de la toile contraste avec le sujet, nous aide à
comprendre que l’enfant existe, enfoui derrière ces
visages.
Vic reste une artiste énigmatique. On peut gloser sur l’enfant
qui a grandi, est devenue une adolescente, puis une jeune femme mais
il est impossible de conclure parce que la majeure partie de l’œuvre
est invisible, dans le sens que Vic lui a donné en refusant
que quiconque voit ces tableaux, c’est-à-dire impossible
à voir. Vic se protège. Pourquoi ? La réponse
est contenue dans cette crise d’adolescence qui nous a privé
d’elle pendant trois ans. Mais je me garderai bien de lui poser
la question.
Nous parlons de pratique puisque la théorie, c’est
fait. Je l’interroge sur sa méthode que l’on a pu
apercevoir dans un reportage télévisuel, une
rareté dont Vic m'a envoyé la cassette. De la part de
Vic, ce n'est pas de la prétention mais une attention, cela
m'aide à construire mes questions.
- On
vous a vue dans ce reportage parler avec votre modèle. Est-ce
une habitude ?
- Oui,
mais la présence de la caméra a faussé mon
discours… On n’est jamais vraiment soi-même
devant une caméra…
Silence,
j’attends qu’elle rajoute quelque chose en vain, puis je continue
mes questions :
- Vous n’avez pas l’air de regarder votre sujet pendant
cette conversation, on vous sent ailleurs.
- Détrompez-vous.
Je fais semblant de ne pas la regarder pour installer un climat de
confiance, pour l’amener à se dévoiler. Je pense
qu’en restant distante, elle va croire qu’elle peut me
parler comme elle veut, je ne m’en servirais pas, je ne le
retiendrais pas. En fait, mes sujets doivent croire que je les
écoute d’une oreille distraite, que je reste concentrée
sur mes dessins, mais je les détaille, je retiens toutes
leurs attitudes et ils bougent selon la teneur de leur propos, alors
je provoque certains sujets de conversation pour apprendre quelle
tête ils ont quand ils éprouvent certaines émotions.
Au risque d’énoncer un cliché, le plus beau
visage est celui de l’amour. Dans le reportage, je demande à
cette femme si c’est difficile de jouer sous le regard de
celui qu’on aime. Quand elle répond « non »,
elle a son plus beau visage.
Vic est
lancée et je me garde bien de l’interrompre. Il m’est
arrivé de le faire et de le regretter, elle ne parle pas, elle
réfléchit à voix haute, l’interroger
revient à la faire redescendre parmi nous.
- Tout mon travail sur les portraits consiste à trouver la
faille, la voir et la faire voir. Quand je peints des acteurs ou des
actrices c’est plus délicat mais plus intéressant,
ils se cachent, et j’échoue parfois. Dans ces cas-là,
je contourne, je biaise. SS par exemple, il n’y a pas de
faille, je ne l’ai pas vue, pardon. Alors je l’ai peinte
comme on l’a rarement vue : en colère. Si j’étais
allée au bout de mon raisonnement, je l’aurais peinte
laide. Remarquez, en colère elle n’est pas au mieux. En
tout cas, je ne pouvais vraiment pas la peindre nue, son corps est
une arme, un instrument pour agir, se défendre. En plus, à
ce moment-là de notre relation, je n’éprouvais
rien pour elle. C’était une statue, un modèle
inanimé. Parfois ça m’aide, d’éprouver
quelque chose, j’utilise l’émotion pour
travailler. Mais là, rien. Peut-être cela m’a
rendu plus réceptive vis-à-vis de ses sentiments pour
moi. Je ne l’avais jamais envisagé, je suis le peintre,
c’est moi qui dois ressentir. Aujourd’hui, j’ai
peint un autre tableau, plus proche de sa … sincérité ?
de sa réalité ? Je n’ose dire vérité,
je ne crois pas à ce mot.
Et comme elle a fini de
parler des portraits, elle sort un dossier. Elle l’ouvre et me
montre des reproductions photo de ses dernières œuvres,
une dizaine. Elle tente de m’expliquer sa nouvelle démarche.
Elle appelle ça « la théorie des coins ». « Ca commence par une idée de papier cadeau. Je déteste
les papiers cadeaux, on ne sait jamais ce que ça cache. Une
de mes amies a une fille, pour son anniversaire, je lui ai acheté
une poupée en tissu, je déteste les baigneurs en
plastique, c’est froid, mortifère. Pour lui offrir, je
mets la poupée dans une boite à chaussures que je
recouvre de papier marron comme les enveloppes. Je m’aperçois
vite que j’ai fait ce que je déteste : un papier
cadeau et personne ne peut deviner le contenu. Hé là,
idée de génie ! Je peints la poupée sur le
papier comme par transparence, une poupée tassée dans
sa boite. Toute contente, j’offre ma boite mais la petite
n’ouvre pas. Elle croit que la boite est vide, que c’est
une blague ! Je suis obligée d’ouvrir moi-même.
J’ai laissé tomber l’idée du papier
cadeau. J’ai retenu l’image de la poupée tassée
dans la boite. Ca a donné des aquarelles sur fond marron,
avec un fond de boite, avec 4 coins, puis 3, puis 2, puis un seul.
L’objet change, (elle étale les feuilles, les indique
du doigt), il est posé à terre puis contre le mur, ou
il est suspendu. J’ai changé de perspective : vue
d’en haut, d’en bas, de côté, droite,
gauche… L’idée d’un seul coin s’est
finalement imposée parce que c’est le symbole du repli
sur soi, l’isolement, cet endroit vers lequel vous reculez,
vous essayez de disparaître, de vous écraser. La boite
était encore trop grande pour un corps. Un seul coin suffit
pour un seul corps, un corps seul. Jusqu’à ce que je me
rappelle que Vermeer lui aussi avait fait des coins. Modestement, je
suis passée à autre chose. »
Elle
se tait. Elle sait quand s’arrêter. Dans son discours
comme dans sa peinture, c’est une de ses qualités :
aller jusqu’au bout de son exploration et s’arrêter
avant de tourner en rond, avant de se retrouver coincée dans
une impasse. A moi de réfléchir, de rebondir.
- La poupée de chiffon, c'est un retour aux marionnettes ou juste un hasard ?
- C'est un hasard, c'est pour ça que j'ai dessiné un
corps de femme ensuite ... Je n'ai pas apporté ces
dessins-là.
Elle se tait, elle hésite.
- Ma mère a vu ces dessins, avec la femme. Elle était
tellement émue que ça m'a inquiété. Elle a
réussi à m'expliquer que ça lui rappelait de
mauvais souvenirs.
Je n'ai pas insisté. Vic semble décidée à ne rien dire de plus.
- Pour passer
à autre chose, ou plutôt pour revenir aux portraits,
c’est la dernière fois promis ! Je n’ai pas
eu le temps de vous demander pourquoi il n’y a pas de femmes
brunes dans cette galerie ?
- Ouais, c’est
vrai. (silence). Je ne sais pas. (elle secoue la tête) Non, je
ne sais pas. Il faut que je réfléchisse.
Là-dessus,
elle me promets de me donner le fruit de ses réflexions par
téléphone ou par écrit. Elle l’a fait :
« Je crois que j’ai peur de trouver dans toute
femme brune un reflet de moi-même. Je n’aime pas me voir
dans les miroirs, alors me peindre ! »
- Et les
hommes ?
- Oh, il y en a
quelques-uns.
- Beaucoup moins.
- Ca va, ça
vient. Je peints peu de personnes, en fait.
Ca, ça veut dire
que Vic en a assez de parler. Elle me demande si j’ai faim :
il est presque midi. Elle m’invite à déjeuner, je
refuse, j’ai d’autres projets. On se quitte en se
promettant de se revoir.
Je
garde un sentiment de plénitude de cette rencontre : Vic
m’a toujours beaucoup parlé mais j’ai l’impression
qu’elle m’en a dit plus qu’auparavant. Elle a
changé, encore ! Longue vie à toi, Vic.
Talk show TV Vic
Emission très
regardée, public jeune, fin de soirée.
Vic et présentateur
à une table triangulaire avec un côté libre,
chaise vide, pour accueillir un invité.
P (présentateur)
s'adresse à la caméra :
- Bonsoir, nous sommes ce
soir avec Vic, plus connue comme peintre mais qui sait ne pas s'en
contenter.
Se tourne vers Vic.
- Enfin, j'ai réussi
à vous convaincre de venir ! Cela fait un certain temps que
j'avais envie de vous rencontrer, de parler avec vous, de vous.
Vic : - Oui, enfin,
l'émission vient de commencer, vous avez encore le temps de le
regretter.
P : - Cela n'arrivera pas,
j'en suis sûr.
V : - Je peux décider
de partir avant la fin.
P : - Impossible, toutes
les issues sont bloquées.
Sourire de Vic.
P : - J'aimerai bien
savoir pourquoi vous avez enfin accepté de venir.
V : - Vous l'avez dit
vous-même : votre force de persuasion a vaincu mes dernières
résistances.
Moue dubitative du
présentateur.
P : - J'ai du mal à
vous croire.
V : - Vous voulez vraiment
savoir alors ?
Signe affirmatif du
présentateur.
V : - Bien. Il y a
plusieurs raisons : je n'avais rien à faire d'autre ce soir.
Je suis en forme. Ca, ce sont les raisons qui n'ont rien à
voir avec vous ou votre émission. (sourire de Vic)
P: - Merci de l'avoir
quand même choisie !
V : - De rien. Je
continue, j'ai choisi votre émission parce qu'elle répond
à mes préférences.
P : - Vos exigences !!
V : - Oui, j'avoue je suis
maniaque à certains points de vue. Je préfère le
direct. Ca évite les montages, les dramatisations factices, la
fabrication d'un espèce de show inexistant.
Vic compte sur ses doigts.
V : - Une émission
assez longue qui laisse le temps d'aborder plusieurs sujets, de les
développer. Ensuite, une émission où on ne parle
que de moi, (sourire et clin d'oeil ) c'est mon côté
narcissique.
P : -Vous oubliez qu'il y
a un ou une invité(e) !
V : - Oui mais cette
personne est là pour parler de moi.
P : - C'est vrai.
V : - Et puis, et surtout,
il y a vous en tant qu'être humain avec votre personnalité.
P : - Merci pour cette
confiance.
Il ramasse ses papiers.
P : - Je crois que nous
pouvons partir sur ces bases-là. Vous m'avez dit que vous
n'étiez pas là pour vendre quelque chose, ni faire de la
promo. Ca tombe bien, parce que moi, j'ai juste envie de parler de
vous et de votre oeuvre, vos peintures, bien sûr.
V : - D'accord, allons-y.
P : - Est-ce que vous
peignez beaucoup ?
V : - Oui, pas mal, je ne
sais pas combien de tableaux en tout, et puis il y a aussi des
dessins, et encore, je ne parle que de ce que j'estime valable, pas
de tout ce que je détruis... En fait, je ne compte pas, je
m'intéresse au résultat, même si je dois faire 3
000 croquis, je considère que ce qui est important, c'est le
tableau final. La qualité plutôt que la quantité,
pour être claire.
P : - Bien sûr, je
pensais aux tableaux connus, que vous avez montrés dans des
expositions... De plus, vous avez commencé jeune. Et vous avez
été connue tôt, n'est-ce pas ?
V : - Oui. (sourire de
Vic) Vous avez bien préparé votre émission, vous
avez lu la préface du catalogue, bravo.
P : - Et oui, je suis
quelqu'un de sérieux. C'est dans ce catalogue que j'ai puisé
mes informations. ( Il montre un grand livre noir avec, gravées
en diagonale, les lettres dorées V-I-C) .
V : - Faites voir. (Il lui
passe le livre, elle l'ouvre.) J'en étais sûre, vous l'avez
fermé avant que ça sèche, regardez, tout a bavé
sur l'autre page, le dessin est fichu !
Elle montre le livre
ouvert, la dédicace est en effet illisible.
P : - Oups, désolé.
V : - Tu parles. Je me
suis creusée le cerveau pour trouver un petit mot original et
voilà !!
P : - Mmm, original , vous
êtes sure ?
Sourire de Vic.
P : - Ce catalogue, donc,
regroupe les portraits de votre première expo, qui a eu lieu
l'an dernier, je crois ?
V : - Oui pour l'an
dernier, non pour première expo. J'en ai montées
d'autres, moins médiatisées mais connues des
spécialistes de la peinture.
P : - Ok. Pour cette
exposition, c'est normal que la télévision en ait parlé
: elle est entièrement consistuée de portraits
d'actrices et d'acteurs. Ca fait très people, non ? En plus
vous laissez croire qu'il y en a d'autres, impossibles à voir
...
V : - Il y en a dix en
tout dans l'exposition. En fait, comme c'est expliqué dans le
catalogue ...
P : - Oui, mais le public
ne l'a pas lu, ce catalogue !!
V : - Ok, ok. Bon, pour
reprendre mon explication, que j'aurai donnée de toutes
façons, l'idée de cette exposition vient de certains
“sujets”, c'est-à-dire mes clients, ceux qui sont
sur les tableaux, qui payent pour avoir leur portrait, donc ces
sujets, quelques-uns, pas tous, voulaient voir les autres tableaux.
Alors j'ai fait le tour de tous ceux que j'ai peints, et je leur en
ai parlé. Certains m'ont prêtés leur tableau, d'autres, non.
Bon, aprés, mon agent a décidé que ce serait pas
plus mal d'ouvrir l'expo au public et de vendre un catalogue pour
rentrer dans nos frais. Enfin, pour finir, entre ceux qui ont accepté
et les autres, on a réuni dix portraits pour l'exposition.
P : - J'aimerai bien
savoir qui a refusé et surtout pourquoi.
Regard insistant et moue
suppliante, sourire de Vic.
V : - C'est un secret.
P : - Dites-nous au moins
combien de portraits en tout...
Vic hausse les sourcils,
réfléchit.
V : - Pfff, trente,
peut-être plus. Enfin, pour être précise, j'ai
peint trente personnes. Mais des tableaux, des dessins, des croquis,
je ne sais pas exactement. J'en a refait certains même après
les avoir vendus.
P : - Vous travaillez
toujours sur commande ?
V : - Pour les portraits,
oui. C'est toujours le sujet qui vient me voir. Après je
refuse ou j'accepte.
P : - Inutile de vous
demander qui vous avez refusé ...
Sourire de Vic.
V : - Inutile, en effet.
P : - Vous avez dit que
vous en avez refait certains, pourquoi ? Lesquels ?
V : - Certains.
(re-sourire ) Je recommence parce que parfois notre relation a
changé, elle n'est plus ... commerciale.
P : - Serait-elle devenue
affective ?
V : - Allez, lâchez-vous,
assez de sous-entendus que le public ne saisit pas.
P : - Prenons, par
exemple, SS...
V : - Un exemple pris
totalement au hasard.
P : - Totalement au
hasard.
V : - Vous savez, il y a
d'autres raisons : je ne suis pas contente de ce que j'ai fait, j'ai
découvert une personne différente... ( geste de la
main)
P : - N'empêche, ces
portraits ont fait grimper votre côte. Vous savez que vous êtes
l'un des peintres la plus vendue et la plus chère ?
V : - Ce qui m'intéresse,
c'est de savoir si je me suis améliorée depuis. Je ne
peints pas pour être vendue.
P : - Et si un de vos
sujets vendait son portrait aux enchères, quelle serait votre réaction ?
V : - Je le prendrais trés
mal. Vraiment. Ce serait une sorte de trahison. Mais, bon je mettrais
en vente tous mes tableaux et comme ça les prix baisseraient
et mon ex-client perdrait de l'argent. J'ai prévu le coup, à
ma mort, je veux qu'on détruise toutes mes oeuvres invendues,
de sorte que les tableaux rescapés prendront tellement de
valeur que leurs proprios ne trouveront pas d'acheteurs.
P : - Sans blague ?
Sourire de Vic.
P : - Bon. Vous ne peignez
pas uniquement des portraits.
V : - Ce n'est que la
partie immergée de l'iceberg. Le reste est beaucoup moins
commercial et moins commercialisé !
P : - Mais vous savez
aussi vous vendre !! C'est bien vous qui avez peint l'affiche de
“Devil”, le dernier film de SS avec IA, non ?
V : - Pas exactement, mais
je vois trés bien où vous voulez en venir, je ne suis
pas dupe !!
Vic agite son doigt en
direction du présentateur.
P : - Parlez-nous donc de
cette affiche, qu'on va vous montrer à l'écran. ( deux
visages de femmes qui se fondent ensemble, dans le fond, une ombre
masculine. )
V : - A l'origine, c'était
un dessin pour SS. Elle m'avait invitée sur le tournage, je
l'ai remercié comme ça.
P : - SS est un de vos
sujets. Attendez, le ...( il cherche dans le catalogue. )
V : - Le quatrième.
P : - Oui, le voilà.
(gros plan sur le catalogue ouvert : une belle blonde accroupie )
V : - On voit rien comme
ça ...Je disais donc : SS a affiché mon dessin dans sa caravane.
Un type de la production l'a trouvé trés bien. Il l'a
pris pour la montrer à ses patrons qui ont accepté. Je
l'ai vendu trés cher et sans remord !!
P : - C'est vous qui avez
répandu les commentaires écrits au dos de l'affiche ?
V : - Pardon ?
P : - Il y avait quelques
mots écrits au dos de l'affiche, vos impressions, pas trés
sympathiques, sur le tournage. Tout le monde les a entendus, mais
personne ne sait qui a commencé à les répandre.
V : - Désolée,
je ne vois pas de quoi vous parlez. Honnêtement, vous croyez
que je suis capable de faire ça ?
Attitude outragée
de Vic.
P : - Oui.
Rient ensemble.
P : - Bon, vous avez assez
parlé. Maintenant, au tour de l'invité. Nous allons
accueillir, pour nous parler de ce tournage mouvementé,
surprise !!,... IA !!
V : - Magnifique
enchaînement !!
P : - Merci.
IA entre sur le plateau.
Vic se lève pour lui dire bonjour, elle lui tend la main mais IA se penche pour lui faire la bise. Moment d'hésitation,
elles se sourient et se font la bise. S'asseoient.
P : - Bonjour IA, et merci
d'être avec nous.
IA : - Le plaisir est pour
moi, vraiment, ce n'est pas une formule politesse. Passer du temps
avec Vic, c'est du plaisir.
V : - Même à
la télé ?
IA : - Oui.
IA fixe Vic.
Vic rougit, embarrassée,
se mord la lèvre, passe sa main dans les cheveux.
P : - Eh bien, mais
qu'est-ce qui vous arrive, Vic ?
IA sourit.
IA : - Je l'intimide.
P : - Ca, si j'avais su,
je vous aurais reçue dés le début de l'émission
!!
Vic ne dit rien, fixe la
table.
P : - Eh bien, Vic, on ne
vous entend plus.
Vic ne bouge pas, le
présentateur se tourne vers IA.
P : - Parlons de “Devil”
si vous voulez bien.
Signe positif de IA.
P : - C'est sur le
tournage de ce film que vous avez rencontré Vic ...
IA : - A vrai dire, nous
n'avons pas... Vic n'est restée que quelques jours, elle était
venue voir SS... Elle m'a juste demandé un autographe, je lui
ai donné avant qu'elle ne parte, j'avais écrit que
j'aimerai beaucoup la revoir pour la connaître vraiment.
Vic bouge, s'agite, IA se
tourne vers elle pour l'écouter .
V : - Maintenant, je peux
bien vous l'avouer, je suis venue sur le tournage pour vous
rencontrer.
IA : - Pourtant, tu es
restée constamment avec SS, tu as passé tout le week-end
avec elle. Et nous n'avons pratiquement pas parlé.
V : - Je n'aurais jamais
osé ! D'ailleurs, si vous n'aviez pas fait le premier pas, je
.... je serais restée dans mon coin à vous regarder.
IA : - Vraiment ? C'est
extraordinaire, tu n'avais pas l'air gêné avec SS, alors
que c'est une star internationale !!
Vic a un geste de la main
qui balaie la table.
V : - Ca n'a rien à voir avec la
célébrité. En tant que personne SS est beaucoup
plus abordable que vous. Vous ..., Votre visage... (Vic lève
la main, semble dessiner le visage de IA dans l'espace, elle la
ramène devant sa bouche.) Vous êtes tellement ...
unique.
P: - Hé bien, je me
demande ce qu'en pense SS.
V : - Elle sait tout ça,
je lui ai expliqué.
Silence.
IA s'adresse au
présentateur :
- Je crois que c'est ce
qu'il y a de plus fascinant avec Vic. Son charme... (IA sourit à
Vic.) Ce mélange de timidité et de franchise, et cette franchise peut aller très loin ... Vous
savez, Vic est bien la seule personne qui m'ait donné la
meilleure définition du mot aimer, même si cela ne
m'était pas destiné.
P : - C'est-à-dire
?
IA : - Aimer c'est offrir
et recevoir pas donner et prendre.
V ( tout bas) : - Je m'en
souviens. ( Plus fort) En effet, cela ne vous était pas
destiné.
P : - C'était à
quelle occasion ?
V : - Ma première
engueulade avec SS. Le deuxième jour de mon séjour sur
le tournage. Un vrai carnage !
IA : - Ca, tu peux le dire
!
P : - Expliquez-nous, que
s'est-il passé ?
IA : - Vic a réussi
en cinq minutes à éternuer pendant une prise, s'emmêler
les pieds dans les câbles et les débrancher, elle a aussi
organisé un chahut à la cantine avec les enfants qui
tournaient avec nous...
V : - Hé ! Vous
aussi, vous avez participé à la bataille de yaourts !!
IA : -
Allons, tout le monde sait que je ne mange jamais de yaourt.
Elles
éclatent de rire toutes les deux.
P : -
Je plains les responsables du tournage. A ce propos, IA, vous pouvez
peut-être nous dire ce qu'il y avait d'écrit sur cette
fameuse affiche.
IA : -
Bien sûr.
V : -
Avant de le faire, pour ma défense, il faudrait préciser
que, moi, tout ce que j'ai vu du tournage, c'est les deux épaules
du garde-chiourme qui était chargé de me surveiller.
IA : -
Après tout le bazar que tu as causé, c'est normal que
tu sois placée sous surveillance.
V : -
C'était la première fois que j'étais sur un
tournage et personne ne m'a averti de tous les dangers qui me
guettaient !!
P : -
Alors, ces commentaires ?
IA : -
Je les ai recopiés. (elle sort une feuille et la déplie.
Elle lit : ) “Piss off Devil !” Je ne traduis pas, tout
le monde a compris. ( Vic se cache le visage dans les mains.) Je
continue, en traduisant directement, “ et surtout le connard
qui sert de réverbère à tous les chiens de ce
trou à rats. Je ne parle pas du chef-lumière mais du
trou du cul payé par la production, comme si une maison de
production avait besoin d'un trou du cul pour faire de la merde !”
C'est tout.
V : -
Mon Dieu, quelle honte .
P : -
Waou ! Pas mal.
IA à
Vic : - C'est bien ce que tu as écrit, non ? Je n'ai rien
oublié ?
V : -
Oui.
Vic se
cache toujours le visage dans les mains.
P : -
Vous avez une manière bien à vous d'exprimer votre
avis, Vic.
V : -
Mmm. (Elle baisse ses mains et elle laisse voir ses yeux.) Je n'ai
fait qu'exprimer tout haut ce que tout le monde pensait tout bas.
P : -
Et l'employé de la production, qu'en pense-t-il ?
Vic et
IA se regardent.
V : -
Je ne crois pas qu'il soit au courant, SS a donné une copie de
l'affiche, elle a caché l'original.
IA : -
Je ne sais pas.
P : -
Donc, vous vous êtes rencontrées sur ce tournage. Est-ce
que vous vous êtes revues ensuite ?
Ensembles
: - Oui.
V : -
IA m'a demandé de faire son portrait. J'ai accepté.
P : -
Je croyais que vous ne faisiez plus de portrait.
V : -
C'était difficile de refuser.
IA
sourit.
P : -
C'est parfait. IA, vous allez pouvoir nous expliquer, dans les
détails, comment Vic travaille. Racontez-nous une séance
de pose avec elle.
IA : -
En fait, il n'y a pas de séances de pose à proprement
parler. Vic et moi nous avons passé quelques jours ensembles,
chez moi. Elle m'a posé quelques questions mais très
peu. Elle a passé son temps à dessiner sur son carnet
de croquis. Au début, j'étais gênée, je ne
savais pas quoi faire et puis, très vite, j'ai oublié
sa présence jusqu'au jour où elle m'a dit qu'elle
avait assez de matériau et qu'il fallait qu'elle retourne dans
son atelier pour commencer le tableau. Et pendant des semaines, je
n'ai plus eu de nouvelles. Et, un jour, elle m'a téléphoné.
Elle m'invitait dans son atelier pour voir le premier essai.
P : -
Vous avez vu le tableau alors ?
V : -
Non. (interrompt IA ) Pardon, vous alliez dire... ?
IA : -
Non, vas-y, à ton tour.
V : -
C'était une esquisse. Je n'avais même pas commencé
à choisir la toile. C'était juste pour voir la réaction
de IA, savoir ce qu'elle en pensait.
IA : -
C'était magnifique. Surtout quand tu m'as expliqué ton
intention, jamais personne ne m'avait parlé de mon visage de
cette façon, pas même les photographes. Quand je suis
rentrée, je me suis regardée dans une glace et j'ai
examiné mon reflet pour la première fois ! J'avais
l'impression d'avoir changé de figure !
Vic
baisse les yeux, parle sans regarder IA.
V : -
C'est tellement facile de peindre votre visage, il est tellement pur.
Il suffit à remplir l'espace de la toile.
IA
hoche affirmativement la tête.
IA : -
Mmmm.
P : -
Mais, Vic, pourquoi ne pas l'avoir montré à votre
exposition ?
V : -
Parce qu'il n'existait pas encore !
IA : -
C'est grâce à cette expo que j'ai découvert le
talent de Vic et c'est cela qui m'a poussé à lui
demander de peindre mon portrait.
Silence.
P : -
C'est étrange, depuis le début, vous, IA, vous tutoyez
Vic alors que Vic vous vouvoie...
IA : -
C'est à Vic de s'expliquer ! Moi, j'ai toujours insisté
pour qu'elle me tutoie.
V: -
Ce n'est pas... Il ne faut pas que vous preniez ça pour ... un
refus d'amitié, c'est une forme de respect !
IA : -
Tu tutoies SS.
V : -
Oui. Mais comme je le disais tout à l'heure, il n'y a pas la
même distance entre ... quelqu'un que l'on admire et ....
quelqu'un pour qui on a de l'affection, c'est une question de respect,
de familiarité.
IA : -
Donc, si j'ai bien compris, tu aimes SS et moi, tu m'admires. D'où
le vouvoiement.
V : -
Oui.
IA : -
Donc tu ne m'aimes pas.
V : -
Non, si, mais on ne parle pas de la même chose !
IA
rit, Vic se met à rire elle aussi.
V : -
Ce n'est pas le même sentiment mais c'est aussi fort.
IA : -
Ouais. De temps en temps, je préfèrerai que tu m'admires un
peu moins... Il va falloir que nous en reparlions.
P : -
C'est évident. Mais pas ici, en public.
IA : -
Certainement pas.
Vic
garde les yeux baissés.
P : -
Bien, IA, je vous remercie beaucoup d'être venue, c'était
vraiment un plaisir.
IA : -
Je suis contente d'avoir accepté. (se lève)
V : -
Merci, à bientôt.
IA
passe la main dans les cheveux de Vic en souriant.
IA : - A
bientôt.
Sort
sous les applaudissements.
P : -
Voilà qui nous fournit bien des renseignements en plus sur
vous.
V : -
Mmmm.
P : -
Je ne savais pas que vous connaissiez si bien SS.
V : -
Elle m'a proposé de venir sur ce tournage et nous avons fait
connaissance.
P : -
A propos de SS, j'ai entendu parler d'un projet de film, avec vous à
ses côtés...
V : -
C'est une rumeur de projet.
P : -
Quelle est la nature de votre relation avec SS ?
V: -
On s'éloigne de la peinture.
P : -
Je crois qu'on a ouvert un chemin plus personnel.
V : -
C'est mon amie.
P : -
C'est pour ça que vous avez des disputes légendaires,
comme sur le tournage de “Devil” ?
V : -
Ca fait partie de l'amitié, ça va, ça vient.
P : -
Comme vous.
V : -
Pardon ?
P : -
Vous allez, vous venez, vous voyagez beaucoup : hier vous étiez
à Rome, demain vous serez à Londres.
V : -
Je ne vois pas trop l'intérêt de cette remarque. Mais
oui, je voyage beaucoup, j'ai des amis à voir. J'aime voyager,
changer d'endroit... Vous voulez connaître le véritable
charme des voyages ? C'est le retour.
Vous
vous rapprochez de chez vous, vous comptez les jours, les heures.
Vous vous dites : “Plus que deux jours, plus qu'un jour,
quelques heures, ça y est, je suis dans ma ville, encore
quelques rues, plus qu'une, quelques maisons. Là, chez moi,
enfin.” Au fur et à mesure que vous vous rapprochez,
vous imaginez ce que vous allez faire : un bon bain chaud, de la
musique, un cigare, un verre de vin... Puis ça y est, vous êtes
chez vous. Vous entrez, vous poussez du pieds le tas de courrier en
retard, vous laissez tomber vos bagages, vous enlevez vos bottes.
Vous allez dans la salle de bains ouvrir les robinets de la
baignoire, vous versez toutes sortes de produits pour faire de la
mousse, vous préparez minutieusement l'indispensable : le
cigare, le cendrier, la bouteille, la musique, le verre ... Alors
seulement, quand tout est là, vous vous déshabillez,
vous enlevez ces vêtements dégueulasses et vous vous
glissez dans l'eau chaude. Après, une fois détendue,
bien mollement, vous sortez, vous vous enveloppez dans un peignoir
très, très doux. Vous recouvrez votre corps d'une crème
hydratante qui fait tant de bien à votre peau. Puis vous vous
occupez de vos ongles, de vos mains, de vos dents, de vos cheveux.
Quand vous avez fini, vous vous dites qu'il vous manque encore une
chose et votre petit ami sonne à la porte. Et là, vous
êtes vraiment content d'être chez vous.
P : -
Waou !! Chouette programme ! Ca se passe toujours comme ça
pour vous ?
V : -
Non. Moi, c'est plutôt : je suis crevée, j'enlève
mes godasses, et le téléphone sonne. C'est un ami qui a
des ennuis et je dois remettre mes godasses pour aller l'aider.
P : -
C'est pas de chance. Vous voyagez comment ?
V : -
Je voyage comme je peux : pour traverser l'Atlantique, je prends
l'avion plutôt que le bateau. Sinon, je suppose que c'est là que vous
voulez en venir, je conduis une moto. J'ai un diplôme
de mécanique moto. Enfin, ce soir, je prends le train.
P : -
Vous allez où ?
V : -
Quelque part.
P : -
Vous n'aimez pas beaucoup parler de vous.
V : -
Non. Il y a des sujets beaucoup plus intéressants.
P : -
Comme le cinéma.
V : -
Par exemple.
P : -
Vous n'avez jamais rêvé d'être actrice ?
V : -
Non, être moi-même me suffit.
Le
présentateur lève la main.
-
D'accord, j'ai compris, j'arrête. Une dernière question
avant la fin, s'il vous plait.
V : -
Allez-y.
P : -
Vous reviendrez nous voir ?
V : -
Oui, promis.
Générique
de fin.
Interview papier Vic peinture 2
- Bonjour, Vic.
- Bonjour.
- C'est étrange, d'habitude
avec les peintres, les entrevues reviennen à intervalles très
longs : quatre à cinq ans. Alors que nous nous sommes
rencontrés l'an dernier déjà, pour votre exposition « Portraits ».
- Je ne vis pas à la même
vitesse, j'ai beaucoup moins de temps devant moi que les autres. De
plus, je ne suis plus aussi patiente, je ne cherche plus trop à
approfondir certaines voies, je reste à la surface.
- Pour un peintre, cela semble
logique.
- Ouais.
- Le fait d'avoir choisi de faire du
cinéma annonce-t-il un renouvellement de votre mode
d'expression artistique ?
- Non. Cela annonce une envie de me
marrer avec des amis. Cela dit, je crois que la composition musicale
correspondrait mieux à ce qu'implique votre question. Parce
que je suppose que vous voulez savoir, en posant cette question, si
j'ai décidé de changer de support artistique ?
- En fait, je voulais savoir si le
cinéma était l'expression d'une évolution dans
votre travail, à savoir que vous retournerez à la
peinture avec une autre vision ou si ce film est un changement
radical de votre vision artistique.
- Soyons clair, j'ai fait du cinéma
par amitié et c'est tout. Je pense que si j'avais envisagé
le cinéma en tant qu'artiste, j'aurais pris la place de
metteur en scène mais franchement, ça n'aurait pas
marché. Je travaille en solitaire et un film est une oeuvre
collective, qui nécessite un travail d'équipe.
Ingérable, inenvisageable pour moi.
- Vous vous êtes aussi essayée
à la décoration d'intérieur.
- Oui, par amitié toujours.
Une ami emménageait et elle voulait changer tout l'intérieur
de sa nouvelle maison.
- J'ai vu des photographies dans la
revue « Sweet Home ». L'assemblage des
couleurs, les jeux de perspectives, la progression des marches qui
suit la succession des plans, vous avez reproduit votre univers
pictural dans cette maison.
- Ouais. J'aime bien cette pièce.
J'ai l'impression, quand j'y entre, de pénétrer dans
un de mes tableaux.
- Et pour en revenir à la
musique, vous avez dit que c'était le signe d'un changement,
vous pouvez préciser ?
- La musique,... Ce n'est pas
un changement radical, je ne vais pas à partir de maintenant,
me consacrer uniquement à la musique. C'est juste une
tentative, un essai vers quelque chose de différent. Je
continue à peindre. Remarquez que le cinéma et la
peinture sont proches : ce sont des arts visuels. Et je crois
comprendre comment vous est venue cette question. Aprés avoir
tâté de l'immobilisme avec la peinture, il serait
logique que je cherche du côté du mouvement avec le
cinéma.
- En effet, c'est le raisonnement
que j'ai suivi.
- Le mouvement ne m'intéresse
pas artistiquement. Pour moi, l'art c'est fixer un moment, un être
pour l'éternité. Je ne conçois pas l'art comme
une mécanique vivante. Et puis, je ne sais pas raconter des
histoires. J'ai essayé la musique parce que cela touche un
autre sens. Vous l'avez remarqué vous-même dans un de
vos articles : je suis sensible, à l'écoute de mes
sens. Donc avec la musique, je fais appel à l'ouïe. Je
dis toujours que la peinture doit être comme un exercice
physique, que je peints avec tout mon corps. Dans la musique, le
corps a sa place mais plus dans l'appréciation de l'oeuvre,
aprés sa conception, quand on goûte l'oeuvre plus que
quand on la construit, ou qu'on la joue. Alors que pour la peinture,
le corps ne sert à rien, une fois l'oeuvre finie. C'est là
le principal changement en ce qui concerne mon travail.
- Pourquoi avoir choisi ce genre de
musique, le rock dur, alors que vous êtes restée
classique dans la conception de vos tableaux ?
- Parce que je suis jeune ! Non,
tout simplement parce que le rock est tout ce que je suis capable de
produire. Je ne me vois pas composer un opéra ou un
concerto. Le format convient à mon niveau musical : c'est
court et simple.
- Que signifie alors l'écriture
des paroles en plus de la composition musicale ? Un autre essai vers
un autre domaine, la littérature ?
- Ohlala, non, pas du tout. Mes
chansons ne sont pas de la littérature, ni même de la
poésie. J'ai essayé de traduire avec des mots ce que
je ressentais en accord avec la musique. Mais je ne suis pas sûre
d'y être arrivée, tout me semble creux, cliché
dans mes chansons. Les mots m'ont toujours semblé un
intermédiaire de trop entre l'oeuvre et moi, entre l'oeuvre
et le public.
- En tout cas, vous expliquez très
bien avec des mots, vos intentions artistiques.
- C'est parce que je suis dans un de
mes bons jours. J'aurais pu vous renvoyer sur les roses, pour rester
poli. Et puis, bon, j'ai un peu triché, je vous l'avoue. Je
lis toujours les critiques de mes tableaux, je reprends ce qui me
plait et je m'entraine à démolir ce qui me déplait.
Ca me permet de prévoir mes réponses.
- Vous voulez dire que vous avez lu
tout ce que j'ai écrit sur vous et votre oeuvre ?
- Pas seulement. Je comprends mieux
votre point de vue comme ça. Et vos points faibles aussi.
- Vraiment ?
- Vous utilisez de grands mots avec
de grandes théories mais heureusement pour vous, vous en
connaissez le sens.
- Trop aimable.
- Ce sont vos qualités et je
crois que vous n'allez pas aimer ce que je veux dire à propos
de vos défauts. Heureusement, votre cassette est finie. Je
n'aurais pas à vous déplaire.
- Oui, je pense que nous allons nous
quitter là. Merci d'avoir répondu à mes
questions.
- De rien.
Interview papier Vic « j’en ai marre ».
Nous avons demandé
à Vic, la protégée de SS, de quoi elle en a
marre.
- Vous en avez pas
marre qu’on dise que vous avez réussi grâce à
votre amie SS ?
- Non, parce que
c’est vrai. Enfin, pour être précis, c’est
grâce à elle que j’ai joué dans un film et
indirectement fait de la musique, puisque j’ai participé
à la bande originale du film. Quant à savoir si j’ai
réussi, c’est encore trop tôt pour l’affirmer.
- Vous en avez pas
marre de peindre ?
- Jamais. Peindre,
c’est ma vie. Mais je commence à envisager autre chose,
comme filmer. C’est assez vague comme projet, j’ai juste
l’impression, pour avoir discuté avec des metteurs en
scène, que nous avons le même regard… sur les
êtres, enfin, eux ils ont des acteurs à faire jouer,
moi ce sont les êtres humains… Je sais bien que le
metteur en scène s’attaque à un personnage pour
le faire vivre et moi je cherche la vérité, mais…
Enfin, bon, tout ce que je dis a l’air incompréhensible,
non, pardon, c’est incompréhensible ! En tout
cas, pour essayer de résumer, d’un point de vue
technique, c’est l’œil qui dirige mon travail et
je crois que pour un metteur en scène, c’est pareil.
Bon, bien sûr, lui il doit gérer le mouvement, la
narration et c’est ça aussi qui m’attire,
introduire le mouvement dans l’image statique d’un
tableau…STOP ! Question suivante, s’il vous
plait !
- Vous n’en
avez pas marre de vivre ?
- Non, j’en ai
juste marre de savoir que je vais mourir.
- Vous en avez pas
marre de faire de la promo ?
- Si. J’ai
l’impression d’être une pute sauf qu’une
pute, elle tombe parfois sur un client qui lui fait prendre son
pied. Moi, ça ne m’est pas encore arrivé. Tout
ça, ça devient vite mécanique, vous répétez
la même chose des dizaines de fois et quand vous essayez
d’être originale, on vous dit tout de suite :
« mais ce n’est pas ce que vous aviez dit à
machin ! ». Ca, j’en ai vraiment marre !
- Vous en avez pas
marre qu’on vous reconnaisse dans la rue ?
- Si. Mais ça
n’arrive pas souvent. Je ne suis pas encore très
connue. C’est vrai que la perte de l’anonymat est une
sacrée perte de liberté.
- Vous l’avez
choisi, non ?
- Mmmm… Il y
a quelques jours, je suis allée voir un ami qui est,…
était, séropositif, en phase terminale. On parlait … Il
m’a dit : « tu sais, ce qui me fait le plus
mal, ce n’est pas de mourir, je me suis fait à l’idée.
Ce qui me fait le plus mal, c’est que, quand je serai mort,
personne ne se souviendra de moi . » J’ai essayé
de le consoler : « Et ta famille ? » .
« Tu la vois ici, ma famille ? ». « Et
tes amis ? ». « Ils sont tous
séropositifs, ils vont tous disparaître »…
Voilà, c’est pour ça que j’ai décidé
de sortir de l’anonymat, pour ceux qui sont restés
anonymes et pour ne pas disparaître à mon tour.
… Silence
...
- Vous en
avez pas marre d’avoir des amis partout ?
- Non. Je trouve ça
sympa de savoir que quelqu’un m’attende où que
j’aille, ça me rassure. Mais mes amis ne se connaissent
pas forcément entre eux. Parce que je suis plutôt
exclusive et je suis différente avec chacun d’eux. Je
crois que je n’aime pas mélanger mes amis, j’ai
peur qu’ils construisent une relation qui m’exclurait.
- Vous en avez pas
marre de votre famille ?
- Ca dépend
des jours.
- Vous en avez pas
marre d’être ni américaine, ni italienne ?
- Non, ça
fait partie de moi. Ca me constitue.
- Vous en avez pas
marre de SS ?
- Non.
- Vous en avez pas
marre d’être toujours associée à elle ?
- Si.
- Vous en avez pas
marre de vous engueuler avec elle ?
- Parfois.
- Vous en avez pas
marre de répondre par oui ou par non ?
- Changez vos
questions, je changerai mes réponses.
- Vous en avez pas
marre de provoquer, par jeu ?
- Non. Je ne le fais
pas toujours exprès. Bon, quelquefois, ça m’amuse.
Mais souvent la personne qui m’interroge m’énerve,
je ne peux pas m’en empêcher.
- Vous en avez pas
marre de moi ?
- Question
dangereuse. Ca va pour l’instant.
- Vous en avez pas
marre de mes questions ?
- Ca commence en
effet, mais vous prenez des risques et ça m’intéresse
de savoir jusqu’où vous irez.
- Vous en avez pas
marre d’être jeune et dynamique ?
- Ca passera avec
l’âge. Ca permet de dire et de faire certaines choses
qu’on me pardonne. C’est très fatiguant parfois,
vous avez l’impression de n’être là que
pour faire exploser la marmite, pour faire avancer les choses. Ca
épuise. Ceci dit, je ne m’imagine pas en vieille dame
ni en grand’mère. Mais j’ai deux bons exemples de
vieilles dames : mes grands mères. Elles, elles sont
jeunes et dynamiques, chacune à leur façon. Ma
grand’mère italienne, pardon sicilienne, a des côtés
« grosse mamma italienne » : elle est
possessive, jalouse de ses belles-filles, marieuse…Mais elle
possède une sensibilité aux gens, c’est simple,
quand j’ai un secret, je l’évite parce qu’elle
finit toujours par le deviner ou elle me manipule pour que je lui
avoue tout. Ma grand’mère irlandaise, c’est
différent, elle est plus secrète, beaucoup moins
expansive mais extrêmement fidèle et avec autant
d’amour à donner. Ce sont de bons modèles.
- Vous en avez pas
marre de cette image de naïve, innocente ?
- Les gens qui
disent ça ne me connaissent pas.
- Vous en avez pas
marre de vous cacher derrière cette attitude de gamine
effrontée ?
- Qui vous parle
d’image ? Peut-être que je suis comme ça.
Peut-être que je me protège derrière cette
attitude. Je trouve que l’insolence me va bien et ça
tient à distance la plupart des emmerdeurs et des
piques-assiettes. Ceux qui me connaissent s’en contrefoutent
de cette image.
- De quoi vous avez
vraiment marre ?
- Des gens qui ne
sont pas capables d’avouer leurs sentiments, ils finissent par
être malheureux et par faire du mal aux autres. Sinon j’en
ai marre de l’hypocrisie générale, du SIDA, de
la misère… Mais en fait, je vais vous avouer un truc
qui me fait chier. Il faut que ça change, c’est trop
insupportable ! Je ne l’ai dit à personne, mais ce
qui m’agace vraiment, c’est le sens giratoire de la
terre !! Pourquoi le soleil se lève toujours à
l’ouest et pourquoi pas à l’est une fois sur
deux ? Hein ? Ce serait sympa , non ?
Interview papier revue de cinéma SS et Vic
Journaliste : -
Je vous propose de jouer au jeu des contraires parce que vous êtes
ce qu'on peut appeler l'union de deux contraires.
Vic : - Je ne
vois pas vraiment ce que ça a à voir avec le film.
J : - Le film
est basé sur votre relation, votre opposition constante...
V : - C'est un
film.
SS : - On va
jouer comme si on était encore nos personnages.
V : - Ok, ok,ok.
J : - Qui veut
commencer ?
V : - Moi. C'est
facile : elle est blonde, je suis brune.
SS : - Elle est
jeune, je suis vieille.
V : - Trés,
trés vieille, elle a au moins cinquante ans de plus que moi !
SS : - Vic, joue
le jeu.
V : - Pardon,
elle est belle, je suis quelconque.
S : - Mais non,
tu es belle aussi.
V : - Non, mais
vous avez entendu ? Elle aurait pu dire : "Allons, ma chérie,
c'est l'inverse, voyons." Et, elle, elle dit : " Tu es
belle aussi ."!!
SS éclate
de rire.
J : - S'il vous
plait, on peut continuer ?
SS : - C'est mon
tour. Elle a la bougeotte, je suis plutôt casanière.
V : - Ouais,
quand elle se déplace, elle déménage toute sa
maison, sa femme de ménage, son chien...
SS : - Et toi,
tu prends une brosse à dents, du papier, un crayon et hop, tu
disparais, à pieds, en moto, en avion...
V : - Je suis
libre ! Mais c'est une fuite en avant. SS, elle, n'abandonne jamais,
elle pulvérise les obstacles. Elle va jusqu'au bout. Moi, je
fuis au moindre problème.
SS : - Toi, tu
es enthousiaste, tu n'es jamais blasée. Moi, je suis en
retrait, je pêche par excés de prudence.
V :- C'est ce
qui te donne la force de tenir. Tu es solide, expérimentée.
Moi, je m'excite comme une étincelle et pfuit, je m'éteins.
SS : - Mais tu
restes créative, tu es une artiste !
V : - Toi aussi,
tu l'es mais comme tu t'appuies sur l'expérience, sur la
technique, ça tient la route.
SS : - Oh,
arrête un peu, tu veux ? Vous voyez, c'est toujours pareil avec
elle, elle préfère faire pitié qu'envie.
V : - Et toi, tu
veux faire envie plutôt que pitié. Tu es une battante.
SS : - Et toi,
une flatteuse. Une manipulatrice, une lécheuse de bottes, une
hypocrite...
Vic se contente
de sourire en regardant SS.
J : - On
recommence ? C'était à SS, je crois...
V: - Comme vous
voulez...
SS : - J'ai
bossé dur pour gagner ce que j'ai, Vic est née avec
tout ce qu'elle a.
V : - Pauvre
petite femme riche. Tu aimes l'argent pour l'argent, moi je m'en
sers.
SS : - Tu ne le
gagnes pas à la sueur de ton front. Il n'y a que les gens nés
riches qui peuvent se permettre de mépriser l'argent et le
pouvoir qu'il donne. Tu t'habilles mal avec des vieux machins par
snobisme.
V : - Je
n'écrase pas les gens avec mes fringues de haute couture, ma
grosse bagnole, ma super baraque... Quelle prétention ! Tu
oublies d'où tu viens !
SS : - Sale
hypocrite ! Tu gagnes plus que moi avec tes tableaux et ta grand'mère
t'entretient, et pourtant tu vis dans une maison pourrie du ghetto.
V : - Hypocrite,
moi ! Et toi ? Devant les journalistes, les photographes, t'es toute
gentille, tout sourire alors que tu les détestes.
SS : - Tu es
trop naïve. Je joue le jeu, c'est tout, ça fait partie du
métier.
V : - Métier
de pute.
SS : - C'est mon
métier et c'est comme ça que je gagne ma vie.
V : - Tu ramènes
tout au fric. Comme quand tu m'achètes des cadeaux. On dirait
que tu veux m'acheter.
SS : - Bien sûr,
si j'étais venue en disant : "Eh, Vic, viens voir, j'ai
trouvé une super robe qui t'irait bien", t'aurais
accepté ? Et même si tu étais venue, tu aurais
refusée que je te l'offre.
V : - Qu'est-ce
que tu en sais ? Tu ne l'as jamais fait, tu achètes la robe et
ensuite tu essaies de me persuader de la prendre.
SS : - Tu ne
comprends pas que j'ai envie de te faire plaisir en t'offrant des
cadeaux.
V : - Alors
pourquoi j'ai l'impression que tu TE fais plaisir ? Le problème
avec les cadeaux, c'est qu'on les accepte pour faire plaisir à
celui qui les offre.
SS : - Qu'est-ce
que je dois faire alors ?
V : - Offre-moi
du temps avec toi. Comme je te connais, on finira par s'engueuler
parce que tu voudras toujours rentabiliser ces moments-là. Tu
es incapable de faire quelque chose gratuitement.
SS : - J'ai
perdu trop de temps avant de te rencontrer.
V : - Tu ne le
rattrapperas jamais, en tout cas pas en m'offrant des cadeaux.
SS : - Ca, j'ai
compris.
J : - Hum,
excusez-moi,mais comme ça tourne au réglement de
compte, on va arrêter.
SS : - Vous ne
nous avez jamais vu en train de nous engueuler.
V : - Allons, ça
ne vous dérange pas tant que ça, ça fait vendre.
J : - Ce que je
voulais, c'était que vous nous montriez ce qui rend votre
amitié si spéciale.
SS : - Ne vous inquiétez pas, nous ne sommes pas en train de nous
entretuer. Nous ne faisons que jouer.
V : - Ouais, on
joue.
J : - Vous
voulez continuer à jouer ?
V : - Non. Vous
savez, on ne vous a pas attendu pour comprendre que nous nous aimons
malgré nos différences.
SS : - Vic,
calme-toi.
V : - Jeu à
la con.
J : - Votre
relation fascine tous ceux qui vous ont rencontrées, je
voulais en dévoiler une partie.
V : - Cette
relation nous l'avons construite, entretenue. Elle n'est pas apparue
comme ça, par magie.
SS : - Avec la
certitude que ça en valait la peine.
V : - Amen.
12 mai 2010
Interview TV film SS
SS en plan américain,
voix off.
- Comment avez-vous
choisi Vic pour faire ce film ?
- J'ai rencontré
Vic grâce à un ami commun. Je lui ai demandé de
faire mon portrait, Vic est un peintre très important, vous
savez. Nous sommes devenus amies. Ca a l'air simple dit comme ça,
mais c'est beaucoup plus difficile dans la vraie vie !
- Pourquoi ?
- C'est une sale gosse !
Elle est têtue, insupportable... Elle n'a pas arrêté
de faire l'andouille pendant le tournage. Quand je lui avais demandé
de travailler avec moi, je croyais qu'elle prendrait ça au
sérieux. Tu parles ! Elle sortait tous les soirs, elle dormait
entre les prises, elle n'a jamais appris son texte...
- Pourtant, c'est vous
qui avez insisté pour qu'elle joue à vos côtés.
- Oui, mais je croyais
sincèrement qu'elle allait faire attention. Je la connais
depuis un an environ. Mais c'est comme si nous étions amies
depuis l'enfance. C'est quelqu'un de très attachant, elle est
enthousiaste, vive. Têtue mais enthousiaste !
- Pourquoi elle et personne
d'autre ?
- Quand j'ai lu le
scénario, j'ai tout de suite pensé à elle ! Le
personnage lui ressemble tellement ! Et puis... Je voulais partager
mon travail avec elle, comme elle l'avait fait quand elle a peint mon
portrait. Elle m'a invitée dans son atelier et je l'ai
regardée peindre...C'était fascinant.
- Comment a réagi
Vic quand vous lui avez proposé le rôle ?
- Elle a refusé !
J'ai dû négocié pendant des heures ! On a
beaucoup parlé, enfin hurlé surtout.
SS se lève, marche
de long en large en moulinant des bras.
- Elle gesticulait comme
ça, en hurlant, et moi, j'essaie de rester calme, d'argumenter
intelligemment jusqu'à ce que je craque et que je me mette à
hurler comme elle. Mais on y est arrivé, on a fait le film.
Maintenant, c'est au public de venir voir le résultat.
01 mai 2010
TV italienne
Un peintre dans la ville
Réalisateur : José
Giovanni pour TV Italia, chaîne câblée de langue
italienne, diffusée à Los Angeles
1e
séquence |
Image : Pas de passant |
| 2e
séquence Vic : « Voilà, c’est mon atelier. Vous avez de la chance, c’est propre et rangé. Ca n’arrive qu’une fois de temps en temps. » |
Gros plan sur la porte- plan
américain Travelling avant : La caméra suit Vic à
l’intérieur- grande pièce blanche très
éclairée- toit transparent-
|
|
3e séquence Voix off : " L’oeuvre de Vic ne suit pas véritablement de progression. Les sujets de ses toiles sont très diverses : abstrait ou réaliste, des natures mortes, des portraits masculins ou féminins… Elle a aussi sculpté du marbre, tatoué des corps humains. Toutes ses œuvres reflètent tous un imaginaire puissamment évocateur, parfois sanglant ou violent, mais toujours juste dans l’émotion. " |
Plan rapproché sur la main
gauche de
Retour plan rapproché sur le
dessin, le personnage dessiné apparaît au fur et à
Plans de coupe : quelques œuvres, statues de marbre, |
4e
séquence: - Je n'ai pas de méthode de travail précise. Ca dépend du tableau. Coupe Par exemple, si je dois peindre un visage, je découpe le visage géométriquement, je dessine d'abord un quadrillage, je prends des repères : le nez par rapport aux yeux, par rapport aux oreilles... C'est la méthode la plus classique au monde ! Aprés, je fais des esquisses, sur brouillon, au crayon de papier, d'abord de l"ensemble du visage pour avoir une idée générale sans paufiner les détails. C'est pour situer les léléments les uns par rapport aux autres, pour pouvoir les loger à leur place. - D'ailleurs, j'ai un bloc justement. J'ai fait le portrait d'une petite fille. Vous avez de la chance, je ne l'ai pas encore rangé. Voilà ! Là, les visages complets. Là, c'est la phase suivante, des morceaux de visages, que j'étudie de plus prés, ce sont des éléments qui me donnent du mal, qui distinguent un visage d'un autre, je les dessine jusqu'à ce que je les maitrise parfaitement. Quand je suis au point, que j'arrive à dessiner presque les yeux fermés, je passe à une surface plus grande. Des feuilles taille ordinaire. Coupe Je peins à l'encre de chine, ou rouge sang, un truc sommaire pour faire ressortir les contrastes des ombres du visage. J'essaie d'appréhender les reliefs du visage en jouant avec les tâches de peinture. Aprés, ça dépend, si je suis en forme, je passe directement à la mise en couleur sur papier toujours, la toile c'est pour aprés, bien aprés. Pour le portrait de cette petite fille, j'ai peint sur papier d'abord, puis je me suis dit que ça suffisait, je n'ai pas fait de toile. coupe Pour une toile, je sors
le gros matériel. Je scanne les eaux fortes, je change les filtres de couleur, je teste la réaction du visage pour trouver la bonne nuance, celle qui va mettre en valeur les reliefs et l'expression générale du visage, de la personne. Voilà. coupe Là, le sujet commande : des traits larges, des grands coups de pinceaux ou le nez collé à la toile, des détails microscopiques. Mais je le répète ça dépend : je peux aussi bien suivre ce processus ou carrément, je me jette à l'eau sans filet, directement sur la toile. |
Plan large : lumière du jour
Elle se lève, se déplace en parlant.
tourne les pages
Plans fixes sur des
eaux fortes
Retour sur Vic Plan large se lève, se
déplace vers le fond de Plan large Gros plan sur visage de Vic, qui se |
5e séquence : - Peut-on parler dans voter cas d'oeuvre à théme ? - Comme un peintre qui se limiterait à un seul sujet ? ... - Non. Je peints par ... période. J'ai eu une période "Nu", trés courte. Je suis trop pudique pour ça ! J'ai eu une période "fleurs", des roses surtout, dans le ciel, sur la table, éparpillées sur le sol..., une période "abstraite"... Mais ce n'est pas prédéterminé. Je ne me dis pas : "Ce mois-ci, je vais faire ça." Je me ballade, je regarde, je repère un truc, un détail qui m'attire, m'étonne, me fait marrer. Alors, je fais des croquis, je reviens dans mon atelier et je gribouille, je mets de la couleur, j'explore le sujet. Je change l'angle de vue, le point de fuite, tout ça. Une sorte de variations sur le même théme. - Ca, c'est un travail préparatoire à la véritable peinture sur toile. - Mmm.Oui, oui. - Mais comment peignez-vous ? C'est-à-dire, quel est votre rendement ? Votre rythme ? Peignez-vous un peu chaque jour ? Ou vous entamez un marathon sur plusieurs jours ? - Des jours entiers sans m'arrêter ! Je fonctionne par cycles. Pendant trois-quatre jours, je peins, je peins sans arrêt, sans manger, sans boire, ni dormir. Je finis par m'écrouler, je m'endors sans savoir combien de temps. Quand je me réveille, je m'empiffre en regardant ce que j'ai déjà peint. Je corrige, je tripote mes toiles. Je prends une douche et je recommence ! Jusqu'à ce que j'ai fini. Enfin, jusqu'à ce que je considère que j'ai fini, que j'ai fait le tour du sujet, quand j'ai exploré toutes les pistes, je sais quand je ne peux plus rien peindre sans prendre le risque de me répéter. Parfois j'arrête parce que je sens que je suis dans une impasse, que ça ne sert à rien de continuer. - C'est une de vos plus grandes qualités : savoir vous arrêter. Mais c'est aussi une de vos plus grandes capacités : explorer une voie jusqu'au bout. Et plus rapidement qu'aucun artiste ! - Ouais. Je ne sais pas, je ne pense jamais à ça. Enfin, quand j'ai fini, je sors, je renais au monde réel, jusqu'à la fois suivante. - Vous n'avez peint que peu de paysages... - Non. Je suis une peintre d'atelier. - Et pas du tout de nature morte, parce qu'on ne peut pas dire que vos roses en fassent partie. - Ah non, quelle horreur ! Rien que le nom est affreux. Je peints du vivant ou de l'abstrait. Les roses sont en vie, ou plutôt en train de mourir puisqu'elles ont été cueillies. - Dans votre peinture abstraite, on voit beaucoup de toiles qui représentent, qui figurent un liquide qui s'écoule, une fluidité de la matière... - Oui, oui. L'état liquide de la matière est fascinante, insaisissable mais beaucoup plus réel que l'état gazeux. L'amollissement d'un solide, c'est trés graduel, petit à petit. Ces étapes sont un véritable défi à représenter, à quel moment le solide devient liquide ? Et les gloup gloup de l'eau qui coule.... Voilà . - Et quels sont vos projets ? Si vous en avez ... - Je suis en train de peindre un portrait. Ce n'est pas le premier, j'ai peint ma famille mais là, c'est une personne extérieure à mon cercle familier. On va voir ce que ça donne... - Bon courage et au revoir. |
Interview :
champ-contre-champ Vic fume. signe affirmatif de la journaliste Vic sourit
Vic pose sa cigarette,
fait une grimace Vic reprend sa cigarette Vic s'agite, écrase sa cigarette Vic se passe la main dans les cheveux |
| Générique de fin |
